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Les baraques


Avez-vous connu les « baraqueux» ?

Dans les années qui ont suivi la dernière guerre, Notre-Dame de Gravenchon a connu une nouvelle  vague d’immigration très composite. Une de ses composantes avait réussi à créer une certaine « identité » ; la population locale les appelaient les baraqueux.
Qui étaient-ils ? des hommes jeunes, célibataires ou éloignés de leur foyer, vivant en quasi-collectivité dans une espèce de caserne située à l’extrémité Sud du hameau de St Georges, près du passage à niveau. Ces bâtiments construits vers 1946 pour abriter les prisonniers de guerre qui travaillaient à la reconstruction des raffineries, étaient dénommées « Baraques SFP », peut-être à cause de l’appellation anglo-saxonne de barracks = caserne  et SFP = Standard Française des Pétroles, devenue ESSO. Cet ensemble ressemblait à de gigantesques fûts en tôle ondulée, diamétralement coupés en deux et alignés entre la rivière et la tonnellerie Van Leer : cet emplacement est maintenant occupé par la route d’accès au rond-point Kennedy. Deux bâtiments séparés par les sanitaires communs comportaient chacun un couloir central desservant une bonne douzaine de « carrées » de 4 lits : un bâtiment était alors réservé aux prisonniers devenus travailleurs libres, allemands de RDA pour la plupart, italiens, et quelques français d’Algérie et d’Afrique occidentale. L’autre, identique au 1er accueillait les nouveaux embauchés depuis 1948, parmi lesquels la nombreuse colonie de Châtellerault, un important groupe de techniciens, des chimistes, verriers et employés de laboratoire, et divers spécialistes. Le bloc sanitaires était équipé de quelques WC et douches et d’une douzaine de lavabos.
Un 3e bâtiment plus petit servant de salle de jeu avait été ajouté en annexe avec un garage à vélos (heureux ceux qui en avaient un ! personne n’avait alors d’engin motorisé).
Comment vivait-on dans ces baraques ? Tant bien que mal ! L’adresse postale paraissant bien peu séduisante, les nouveaux résidents ont décidé de remplacer « baraques SFP » par « Chalets Américains »adresse qui a subsisté jusqu’à leur démolition dans les années 60. Le confort était spartiate : les parois de tôle offraient une isolation des plus sommaires ; l’hiver ne se passait pas trop mal, les gros radiateurs (en tubes de 3 pouces alimentés en vapeur) garantissaient un air sec et brûlant, mais les nuits d’été sous la tôle surchauffée incitaient aux sorties tardives. La cohabitation se passait généralement bien, malgré les différents horaires de travail. Les 48 heures hebdomadaires et de nombreuses heures supplémentaires laissaient quand même un peu de temps pour les loisirs. Certains fréquentaient le Club ESSO (bridge, billard.. .) ou le Penalty qui était alors voisin, (ce Café a depuis souvent changé de nom, et son enseigne a été reprise par l’hôtel de Dieppe dans les années 60Le cinéma de la Place de Normandie était très souvent fréquenté. Le dancing de la Cayenne était un traditionnel rendez-vous du dimanche.
Que sont devenus les « baraqueux » ? La plupart se sont mariés et sont restés dans la région, mais un grand nombre sont partis, soit démissionnaires, soit mutés par ESSO sur d’autres sites. Beaucoup sont maintenant décédés après une assez belle carrière professionnelle. Quelques-uns habitent encore N D Gravenchon ou les environs.




GĂ©rard SOUDAIS

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